Artemisia annua.jpg

ARTEMISIA, UNE SUBSTANCE VÉGÉTALE

POUR VENIR À BOUT DU CORONAVIRUS ?

UN REMÈDE ISSU DE LA PHARMACOPÉE TRADITIONNELLE

DE MADAGASCAR, PRÉSENTÉ COMME EFFICACE

L’Afrique a une très longue histoire de la pratique de la médecine traditionnelle pour soigner nombre de maux. Par exemple, l’espèce Artemisia afra, qui pousse dans l’ensemble des parties méridionales et orientales de l’Afrique, est utilisée en médecine traditionnelle pour traiter plusieurs maladies allant de l’asthme aux rhumatismes en passant par le paludisme.

Plus encore, elle se révèlerait, avec Artemisia annua, avoir une action bénéfique contre le Covid-19. À l’heure où l’épidémie s’accélère sur le continent africain, jusqu’alors relativement épargné par la pandémie, il serait judicieux de se pencher sérieusement sur la question. Certains chercheurs s’y attellent. Éclairage.

L’Union africaine (UA) s’y intéresse de près en tout cas.

Le 29 avril dernier, Matamela Cyril Ramaphosa, président de la République d’Afrique du Sud et président de l’UA, convoquait en téléconférence les présidents des Communautés économiques régionales (CER) en vue de les informer des actions et initiatives prises par l’UA en réponse à la propagation de la pandémie de Covid-19 sur le continent.

 

Présent en tant que président du Marché commun de l’Est et de l’Afrique australe (COMESA), Andry Rajoelina, président de la République de Madagascar, y a fait une présentation d’un remède à base de plantes, notamment d’Artemisia annua, baptisé Covid-Organics, « pour la prévention et le traitement » de la maladie.

L’Union Africaine a de suite lancé les discussions avec la République de Madagascar, par le biais de son ambassade à Addis-Abeba « en vue d’obtenir des données techniques concernant la sûreté et l’efficacité » de ce remède. Le 30 avril, « il a été convenu que l’État membre fournirait à l’Union africaine les informations détaillées nécessaires » concernant ce remède(1).

©DR

Le Covid-Organics a été élaboré sur la base des travaux de recherche réalisés par l’équipe de Lucile Cornet-Vernet, orthodontiste de profession et fondatrice de l’ONG La Maison de l’Artemisia(2), « association humanitaire de lutte contre le paludisme par les Artemisia annua et afra, à destination des populations les plus vulnérables du Sud», se présente-t-elle. Deux plantes « utilisées en médecine traditionnelle depuis des siècles, respectivement en Chine et en Afrique de l’Est ».

Lucile Cornet-Vernet cultive d’ailleurs l’Artemisia annua dans son jardin.

Interviewée par nos confrères du Parisien(3) à la suite de l’intervention du président malgache, elle précisait « qu’en aucun cas on assure que cela guérit », mais se réjouissait qu’Artemisia annua ait enfin une existence légale dans ce pays et sur la scène internationale.

L’occasion d’appeler les chercheurs à se « pencher massivement » sur la question en prenant connaissance de la bibliographie mise à disposition sur le site de la Maison de l’Artemisia. C’est ainsi que les chercheurs malgaches ont découvert ces travaux et que l’IMRA (Institut malgache de recherches appliquées) a mis au point le Covid-Organics.

Artemisia, le paludisme et Lucile Cornet-Vernet

 En 2003, alors qu’ils traversaient l’Afrique à pied, un couple d’amis de Lucile Cornet-Vernet a connu deux crises de paludisme, raconte-t-elle(4).

La deuxième fois, cela s’est passé en Éthiopie où ils ont été accueillis dans un petit dispensaire : il n’y restait qu’une seule dose de quinine. Cette dernière a été donnée à la femme, tandis que les sœurs soignantes conseillaient à son mari de prendre en tisane une plante « qui soigne le palu » : l’Artemisia annua. « Il a été remis sur pied en 48 heures ! ».

©DR

Lucile Cornet-Vernet et ses amis en ont rediscuté ensemble ensuite et c’est ainsi que l’idée de monter une association pour aider les Africains à cultiver cette plante est née.

Elle s’est alors entourée d’une équipe de scientifiques : médecins, chercheurs, agronomes, agriculteurs, ONG, bénévoles, « pour montrer aux pouvoirs publics que quelque chose qui ne coûte pratiquement rien peut guérir ».

Du traitement du paludisme au traitement du Covid-19

Ses nombreuses lectures de la littérature scientifique a permis à Lucile Cornet-Vernet de découvrir que tous les patients malades du Covid-19 en Chine s’étaient vus également prescrire de la médecine traditionnelle, à base de plantes médicinales. « Même dans les cas de débuts de symptômes pulmonaires, ils ajoutaient de l’Artemisia annua »(5).

« En Chine, la médecine traditionnelle basée sur les plantes a fréquemment été utilisée conjointement avec la médecine conventionnelle pour traiter le SARS(6) . Il existe des preuves que les plantes médicinales sont efficaces », soulignent les auteurs d’une étude chinoise parue en 2005(7). « Il a été démontré que les plantes naturelles contiennent des activités antivirales ».

 

Dans cette étude, les chercheurs ont exploré les effets de quatre extraits de plantes contre le SARS : Lycoris radiata, Artemisia annua, Pyrrosia lingua, et Lindera agrregata. Les quatre ont révélé cette activité.

Citant notamment cette étude chinoise, des chercheurs pakistanais soulignent la nécessité de faire des essais cliniques sur Artemisia annua dans le traitement du Covid-19 dont les composés bioactifs ont déjà montré leur efficacité contre le coronavirus SARS en 2002, « ils sont bon marché, facilement disponibles et seraient d’une grande valeur s’ils sont efficaces contre le SARS CoV-2 ». Et de souligner la nécessité de faire des essais cliniques sur le sujet(8).

Du côté de la recherche à La Maison de l’Artemisia, six études cliniques ont été réalisées avec le Dr Jérôme Munyangi, médecin congolais, sur l’Artemisia annua qui vient de Chine et sur l’Artemisia afra, issue des hauts plateaux de l’Est de l’Afrique. « Elles montrent que ces plantes contiennent au moins une vingtaine de molécules antimalariennes. C’est cette synergie qui fait que toutes deux soignent plus rapidement et plus efficacement le paludisme que le traitement actuel, à base d’artémisinine. Dans un village, en quatre mois, cette cure naturelle divise par trois le nombre de personnes touchées par la maladie »(9), explique Lucile Cornet-Vernet. Et de préciser : « En Afrique, 86% des Africains ne se soignent qu’avec des plantes ».

En 2015, dans une vaste étude réalisée dans le district de Kalima, en République Démocratique du Congo (RDC), les auteurs ont pu montrer que les tisanes d’A. annua et/ou A. afra auraient une meilleure efficacité que la combinaison artésunate-amodiaquine pour traiter le paludisme(10).

©DR

Pour conclure… et ouvrir de nouveaux horizons

On va dans le bon sens, puisque des essais cliniques sont en cours.

Notamment, début avril, l’institut de recherche sur les colloïdes et interfaces Max Planck de Potsdam, en Allemagne, a annoncé le lancement d’une étude cellulaire pour tester les effets des extraits de plante Artemisia annua et des dérivés de l’artémisinine sur le nouveau coronavirus SARS-CoV-2. Une collaboration internationale entre la société américaine ArtemilLife Inc. et des chercheurs danois et allemands(11).

Début juin, la République Démocratique du Congo a accepté que le protocole du Dr Jérôme Munyangi soit intégré dans son arsenal médical contre le Covid-19. Les essais cliniques devaient débuter le 15 juin(12). À noter : interrogé sur le Covid-Organics du président malgache (dont personne ne connaît la composition exacte, on sait juste que Artemisia annua en fait partie…),  le Dr Jérome Munyangi soulignait qu’il devrait faire encore l’objet de recherches scientifiques et d’essais cliniques.

(1) COVID 19 : L’Union africaine en discussion avec Madagascar sur un remède à base de plantes, Union africaine, 20 avril 2020

(2) La Maison de l’Artemisia : https://maison-artemisia.org

(3) «  L’Artemisia, plante utilisée contre le Covid-19 ? Une Française à l’origine de l’initiative de Madagascar », Le Parisien, 23 avril 2020 

(4) Lucile Cornet-Vernet : « La tisane d’Artemisia ne coûte pratiquement rien et peut guérir le palu », Plantes & Santé, 1er octobre 2018

(5) op cit. 3

(6) SARS-CoV : coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère, parfois appelé SARS-CoV1 pour bien le différencier du SARS-CoV2, Covid-19

(7) Shi-you Li et al. Identification of natural compounds with antiviral activities agaisnst SARS associated coronarivus. Antiviral Research,Volume 67, Issue 1,

July 2005, p.18-23

Concernant les preuves de l’efficacité des plantes médicinales, les auteurs citent : Lin et al., 2003, Xiao et al., 2003, Zhao etal., 2003, et Zhong et al., 2003)

(8) Faiz Ul Haq et al. Artemisia Annua : Trial Are Needed for COVID-19. Phytother Pes. 2020 May 19 ;10.1002/ptr.6733

(9) op cit. 4 ; et consulter la bibliographie sur le sujet ici : https://maison-artemisia.org

(10) Munyangi J, Cornet-Vernet L, Idumbo M, Lu C, Lutgen P, Perronne C, et al. Artemisia annua and Artemisia afra tea infusions vs. Artesunate-amodiaquine (ASAQ) in treating Plasmodium falciparum malaria in large scale, double-blind randomized clinical trial. Phytomedicine. 2019; 57; 49-56.

(11) Artemisia to be tested  against coronavirus. An international collaboration will conduct laboratory cell studies with plant extracts, Max Planck Institut,

8 avril 2020

(12) Jérome Munyangi autorisé à effectuer les essais cliniques / Artemisia, Vitrine RDC, 15 juin 2020

À LIRE AUSSI

LE BON SENS D'UN MÉDECIN DE CAMPAGNE

DE L'ANTHROPOLOGIE MÉDICALE

À LA GÉNÉTIQUE MOLÉCULAIRE

CORONAVIRUS

UN FABULEUX DESTIN

DR TADEUSZ NAWROCKI

@2019 acmé éditions | contact@acmeditions.com I +33 2 23 45 32 43 I conception & réalisation catherine mantelet

  • Facebook Social Icône
  • LinkedIn Social Icône
  • Icône social Instagram
  • Icône sociale YouTube